Publié au Journal officiel le 29 juillet 2026, le décret n° 2026-679 change le plafond de l’aide qui finance mallette d’outillage, ordinateur et tenue professionnelle des apprentis : maintenu à 500 € pour les CAP et bac pro, réduit à 300 € pour les BTS, supprimé pour les licences et masters. Ce texte succède à un projet de baisse uniforme à 200 € que Sabrina Roubache, la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, avait pourtant annoncé bloquer en mai.
Une aide au cœur du quotidien des apprentis
Avant même de toucher leur premier salaire, de nombreux apprentis doivent débourser plusieurs centaines d’euros pour s’équiper : mallette d’outillage pour un CAP maçonnerie, ciseaux et produits pour un CAP coiffure, ordinateur pour une filière numérique. Selon les retours du secteur, ces frais de départ varient de 300 à 600 euros pour un CAP coiffure, de 600 à 1 200 euros pour un CAP maçonnerie, et dépassent souvent 400 euros pour un simple équipement informatique. Pour amortir cette charge, une aide au premier équipement pédagogique existe : un forfait remboursable, plafonné jusqu’ici à 500 euros quel que soit le niveau de formation, versé à l’apprenti ou directement au CFA selon les cas.
Des montants qui varient désormais selon le niveau
Concrètement, le nouveau texte distingue trois cas de figure. Pour les niveaux 3 et 4 (CAP, bac pro), le plafond de 500 euros est maintenu à l’identique. Pour le niveau 5 (BTS, bac+2), il est réduit à 300 euros, soit une baisse de 40 %. Pour les niveaux 6 et 7 (licence, bachelor, master, du bac+3 au bac+5), l’aide est purement et simplement supprimée. Cette architecture épargne donc les filières les plus courtes et les plus concernées par des équipements coûteux et obligatoires (outillage, matériel de protection), tout en ciblant les niveaux d’études supérieurs, jugés moins dépendants de ce type de dépenses.
Qui absorbe la différence ?
Le plafond n’est qu’un montant maximum remboursable, pas le coût réel de l’équipement. Selon les CFA, deux fonctionnements coexistent : soit l’établissement achète directement le matériel et se fait rembourser dans la limite du plafond, soit l’apprenti avance lui-même la dépense avant remboursement. Dans les deux cas, la baisse du plafond ou sa suppression pure et simple pour les niveaux 6 et 7 se traduit par un reste à charge plus élevé. Trois acteurs sont directement concernés : les apprentis, qui doivent avancer davantage de frais avant même d’être réellement rémunérés ; les CFA, dont la marge de manœuvre pour équiper leurs élèves se réduit ; et les entreprises d’accueil, davantage sollicitées pour compenser l’écart et sécuriser le démarrage de leur apprenti.
Un projet à 200 euros vite contesté
Le 14 avril 2026, un projet de décret est soumis aux partenaires sociaux. Il prévoit de faire chuter ce plafond de 500 à 200 euros, soit une baisse de 60 %, avec en plus la possibilité pour les opérateurs de compétences (OPCO) de moduler ce montant à la baisse selon les secteurs. L’objectif affiché : économiser environ 15 millions d’euros sur dix mois. Le texte suscite une levée de boucliers immédiate. Les associations d’apprentis, comme l’ANAF, ainsi que les fédérations du secteur de la formation, dénoncent une mesure comptable qui ferait porter le poids de l’économie sur les jeunes et leurs familles, avec un risque réel de renoncement à certaines filières techniques particulièrement coûteuses en matériel.
Le blocage annoncé... puis contredit
Face à la mobilisation, la ministre déléguée chargée de l’Apprentissage, Sabrina Roubache, annonce début mai bloquer ce projet de décret. Elle confirme alors le maintien du plafond à 500 euros pour la rentrée 2026, un soulagement pour les acteurs du secteur qui pensaient le dossier clos. Mais le répit aura été de courte durée : un nouveau décret est finalement publié le 27 juillet 2026 (décret n° 2026-679), au Journal officiel du 29 juillet. Contrairement à la version initiale, il n’impose pas une baisse uniforme à 200 euros, mais une modulation du plafond selon le niveau de diplôme préparé.
Un signal qui inquiète encore le secteur
Si la modulation par niveau limite l’impact sur les formations les plus courtes et les plus manuelles, la suppression totale de l’aide pour les niveaux 6 et 7 continue d’alimenter les critiques des fédérations professionnelles, qui y voient un renoncement à l’esprit initial du dispositif : accompagner tous les apprentis, quel que soit leur niveau d’études, dans les premiers frais souvent incompressibles de leur formation. Reste à savoir si cette version modulée du décret suffira à apaiser les tensions, ou si le débat sur le financement du premier équipement des apprentis rebondira une nouvelle fois à la rentrée 2026.
Veille Studyrama • 31/07/2026